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Paracha Lekh Lekha : pourquoi Avraham a-t-il livré sa femme pour de l’argent ?

Tout au début de la Paracha Lekh Lekha, Hakadoch Baroukh Hou promet à Avraham Avinou qu’il aura de nombreux enfants : לֶךְ לְךָ מֵאַרְצְךָ וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ אֶל הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ, et là, וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל, Je ferai de toi une grande nation (Béréchit 12:1–2). Une belle promesse.

Quelle est la toute première chose qui arrive à Avraham Avinou après avoir quitté son pays ? Il arrive en Erets Kenaan, et la paracha nous dit qu’il y a une famine. Il quitte Kenaan et se dirige vers Mitsraïm : וַיְהִי רָעָב בָּאָרֶץ וַיֵּרֶד אַבְרָם מִצְרַיְמָה לָגוּר שָׁם כִּי כָבֵד הָרָעָב בָּאָרֶץ (12:10). En approchant, il dit à Sarah : הִנֵּה נָא יָדַעְתִּי כִּי אִשָּׁה יְפַת מַרְאֶה אָתְּ. וְהָיָה כִּי יִרְאוּ אֹתָךְ הַמִּצְרִים וְאָמְרוּ אִשְׁתּוֹ זֹאת וְהָרְגוּ אֹתִי וְאֹתָךְ יְחַיּוּ (12:11–12) : quand ils verront combien tu es belle et comprendront que je suis ton mari, ils me tueront et te laisseront en vie.

Comment pourraient-ils le tuer ?

Que veux-tu dire par « ils me tueront » ? Hakadoch Baroukh Hou vient de te promettre : « Je ferai de toi une grande nation », et tu n’as même pas encore d’enfant. Comment est-il possible qu’ils te tuent, contre la parole de Hakadoch Baroukh Hou ? Toi, Avraham Avinou, tu es le fondateur de l’émouna dans le monde, le premier à avoir donné cette émouna au monde, celui qui croyait en Hakadoch Baroukh Hou et savait que ce qu’Il dit est vrai, celui qui sera plus tard prêt à sacrifier son propre enfant lors de la Akédat Its’hak. Comment peux-tu dire à Sarah « ils me tueront » ? Il est impossible qu’ils te tuent. À quoi pensait Avraham Avinou ?

En réalité, il faut connaître un yessod de la Torah : les enfants d’une personne ne sont pas seulement ceux qu’elle a engendrés, mais aussi ses élèves. Nous trouvons cela dans la Paracha Vaét’hanan : וְשִׁנַּנְתָּם לְבָנֶיךָ וְדִבַּרְתָּ בָּם (Dévarim 6:7). Que signifie « tu les enseigneras à tes enfants » ? Rachi dit : לְבָנֶיךָ, אֵלּוּ הַתַּלְמִידִים : ce sont les élèves. Les élèves sont considérés comme les enfants d’une personne. Et Rachi explique très joliment, à partir de différents endroits, que le Rav est aussi un père, comme Élicha dit à Eliyahou : אָבִי אָבִי רֶכֶב יִשְׂרָאֵל וּפָרָשָׁיו (Melakhim II 2:12) ; il appelle son Rav « père ».

Or, Avraham Avinou avait déjà de nombreux enfants. Lorsqu’il partit pour Kenaan, le passouk dit qu’il emmena avec lui הַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר עָשׂוּ בְחָרָן (12:5), et Rachi explique : il les avait fait entrer sous les ailes de la Chékhina ; אַבְרָהָם מְגַיֵּר אֶת הָאֲנָשִׁים וְשָׂרָה מְגַיֶּרֶת הַנָּשִׁים, Avraham convertissait les hommes et Sarah convertissait les femmes. Puisqu’il avait déjà un si grand nombre d’élèves, c’était comme s’il avait déjà des enfants. Avraham Avinou pensa donc que la promesse « Je ferai de toi une grande nation » s’était peut-être déjà accomplie à travers ses élèves ; elle ne vise pas nécessairement ses propres enfants. Ainsi, il craignait réellement que les Mitsrim ne le tuent et ne prennent Sarah.

Livrer sa femme contre des cadeaux ?

Mais regardez ce qu’il dit à Sarah. « Ils te prendront et ils me tueront. Quelle est donc la solution ? Fais ceci : אִמְרִי נָא אֲחֹתִי אָתְּ לְמַעַן יִיטַב לִי בַעֲבוּרֵךְ וְחָיְתָה נַפְשִׁי בִּגְלָלֵךְ (12:13), dis que tu es ma sœur, afin que je sois bien traité grâce à toi, et que je vive grâce à toi. »

Qu’est-ce que cela signifie ? Avraham Avinou est prêt à livrer sa femme, à dire « je ne suis que son frère, elle n’est pas ma femme », afin qu’on la prenne et qu’il reçoive des cadeaux ? Que lui arrive-t-il ? Et c’est exactement ce qui s’est passé : Pharaon a pris Sarah Iménou et a donné des cadeaux à Avraham Avinou. Est-ce ainsi que l’on livre sa femme ? Tout d’abord, le guilouï arayot est l’une des trois choses pour lesquelles une personne doit donner sa vie. Mais en tout cas, on ne livre certainement pas sa femme pour de l’argent. Il aurait dû se battre pour sa femme. Plus loin dans la paracha, il est prêt à partir en guerre contre les rois pour sauver Loth ; ici, pour sa propre femme, il est prêt à la livrer contre des cadeaux ?

Deuxièmement, regardez l’ordre. Il dit d’abord לְמַעַן יִיטַב לִי בַעֲבוּרֵךְ, afin qu’ils me donnent des cadeaux, et seulement ensuite וְחָיְתָה נַפְשִׁי, et que je vive. N’est-il pas plus important de vivre que de recevoir des cadeaux ? Il aurait dû dire d’abord « je vivrai », puis, comme avantage secondaire, « je serai bien traité ». L’ordre semble inversé.

Sarah était protégée ; Avraham ne l’était pas

La réponse est que Sarah Iménou était protégée. Avraham Avinou savait que Sarah Iménou n’était pas une femme ordinaire. Elle avait une aura sur elle. La Torah dit ouvertement à la fin de la Paracha Noa’h que Sarah était appelée Yiska : יִסְכָּה, זוֹ שָׂרָה, עַל שֵׁם שֶׁסּוֹכָה בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ (Rachi, Béréchit 11:29), car elle voyait par roua’h hakodech. Personne ne pouvait toucher Sarah Iménou. Avraham Avinou connaissait très bien sa femme. Il savait qu’une fois que Pharaon la prendrait, un malakh viendrait le frapper, et de même avec Avimélekh plus tard : Hakadoch Baroukh Hou interviendrait et sauverait Sarah. Ce n’était pas cela qui inquiétait Avraham Avinou.

Mais Avraham Avinou savait qu’en fin de compte, il devrait se protéger lui-même. Il n’avait pas la même protection que Sarah Iménou. Il lui dit donc : si je reçois de l’argent de Pharaon, je deviendrai riche, et alors je deviendrai puissant. Tant que les gens me voient comme un pauvre étranger qui erre, venu d’un endroit nouveau en Mitsraïm, un pays sans loi ni ordre, pas comme aujourd’hui, la première chose qu’ils feront sera de me maltraiter de toutes les manières possibles. Mais une fois qu’Avraham Avinou recevra du mamon de Pharaon et deviendra riche, personne ne touche quelqu’un de riche.

C’est pourquoi il dit : la seule façon pour moi de survivre est אִמְרִי נָא אֲחֹתִי אָתְּ לְמַעַן יִיטַב לִי בַעֲבוּרֵךְ. Pharaon me donnera beaucoup d’argent quand il te prendra. Je ne m’inquiète pas pour toi ; rien ne t’arrivera. Mais ensuite, וְחָיְתָה נַפְשִׁי בִּגְלָלֵךְ : grâce à cet argent, je deviendrai puissant, et personne n’aura le droit de me toucher. Et partout où nous irons ensuite, ce pouvoir nous accompagnera, le pouvoir de l’argent. Les gens ne font pas de mal et ne dérangent pas quelqu’un qu’ils savent puissant. L’ordre est maintenant parfaitement juste : d’abord les cadeaux, et grâce aux cadeaux, « mon âme vivra grâce à toi ».

Tel était le grand plan d’Avraham Avinou, et c’est exactement ce qui s’est passé. Sarah n’a pas été touchée par Pharaon. Avraham a reçu l’argent, il l’a emporté avec lui, et plus personne n’a inquiété Avram. Il a quitté Mitsraïm, et Avraham Avinou était bien protégé.

D’après le cours du Rav Shay Tahan « Pourquoi Avraham a-t-il livré sa femme pour de l’argent ? » (Paracha Lekh Lekha) : voir le cours.

Original en anglais