Une coupe au-dessus : choisir le bon vin pour le Séder
Rav Shay Tahan
Avant d’acheter du vin pour le Séder, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas simplement d’une question de goût ou de préférence, mais d’une décision halakhique comportant de nombreux niveaux. Du type de vin (cuit ou non cuit, rouge ou blanc) aux questions de pasteurisation, d’additifs, et même de savoir qui a manipulé le vin, de nombreux facteurs peuvent influer sur son aptitude pour les quatre coupes. Sur le marché actuel, où les vins et les jus de raisin subissent des traitements complexes et contiennent souvent des ingrédients ajoutés, la discussion halakhique devient encore plus complexe. L’aperçu suivant clarifiera les principales opinions et les directives pratiques, afin de permettre de choisir un vin qui soit non seulement agréable, mais qui permette aussi d’accomplir la mitsva de la manière la plus convenable.
Introduction
Commençons par la raison pour laquelle nous buvons du vin. La mitsva des quatre coupes (arba kossot) est l’une des institutions centrales de la nuit du Séder. ‘Hazal ont institué que chaque personne, hommes et femmes sans distinction, doit boire quatre coupes de vin, correspondant aux quatre expressions de délivrance mentionnées dans la Torah : « והוצאתי, והצלתי, וגאלתי, ולקחתי ». À travers ces
coupes, nous ne faisons pas que rappeler la sortie d’Égypte : nous la revivons de manière concrète et festive. Chaque coupe est liée à une étape précise du Séder : le Kiddouch, la conclusion du Maguid, le birkat hamazon et le Hallel. Ainsi, tout le Séder est encadré et élevé par le vin, ce qui souligne le thème de la liberté et de la joie. ‘Hazal ont exigé de boire à la manière des rois, dérekh ‘hérout, ce qui inclut de s’accouder en buvant, montrant que nous ne sommes plus des esclaves mais des hommes libres. L’obligation n’est pas seulement de boire à quatre reprises distinctes, mais de boire des coupes importantes et honorables, chacune contenant une mesure convenable (chiour) de vin. Idéalement, on boira un vin qui apporte un sentiment de joie et d’importance à la mitsva, rehaussant le vécu de cette nuit. Le choix du vin n’est donc pas accessoire, mais fait partie de l’accomplissement même de la mitsva : il garantit que chaque coupe exprime convenablement la liberté, la dignité et la reconnaissance qui caractérisent la nuit du Séder.
Cuit ou non cuit
Le Choul’han Aroukh (siman 472) écrit que le vin cuit est permis ; néanmoins, il est préférable d’utiliser du vin non cuit (Michna Beroura 39), car le Rambam considère que le vin utilisé doit être apte à être versé sur le Mizbéa’h, ce qui exclurait le vin cuit. Le Choul’han Aroukh (siman 272), dans les lois de Chabbat, cite cette opinion du Rambam. Si le vin non cuit est préférable, celui qui choisit de l’utiliser doit veiller à ce qu’après l’ouverture de la bouteille, un non-Juif ou une personne qui n’observe pas le Chabbat ne le touche pas, car cela le rendrait interdit. Il existe une divergence d’opinions concernant la température requise pour que le vin soit considéré comme cuit.
Selon Rav Moché Feinstein, il doit atteindre environ 175°F, tandis que Harav Mitzalim (la hachga’ha des vins Kedem) était plus strict et exigeait qu’il atteigne environ 190°F. En général, lorsqu’un vin est étiqueté « cuit », cela signifie qu’il répond à toutes les opinions halakhiques. Lorsqu’il est étiqueté « non cuit », il a tout de même été pasteurisé, et certains décisionnaires considèrent la pasteurisation comme une forme de cuisson. Le fondement de cette indulgence est que le Choul’han Aroukh (Yoré Déa 123, 3) écrit que le vin est considéré comme cuit dès lors qu’il a été porté à ébullition. Certains comprennent qu’il n’est pas nécessaire qu’il atteigne une véritable ébullition, mais qu’il suffit qu’il soit chauffé à yad solédet bo. Le Chakh ajoute que l’ébullition doit faire diminuer quelque peu la quantité de vin. En conséquence, il existe une divergence d’opinions au sujet des méthodes de chauffage modernes.
Le Or LéTsion (page 187) écrit que, puisque le vin est chauffé dans des conduits fermés et que la vapeur retourne immédiatement dans le liquide, son volume ne diminue pas, et cela pourrait ne pas être considéré comme une cuisson. En revanche, Rav Ovadia Yossef considère que, même si la vapeur retourne dans le liquide, le vin est néanmoins considéré comme suffisamment cuit, et il suffit qu’il soit chauffé un bref instant pour être permis. En conséquence, il estime que la pasteurisation est considérée comme une cuisson. Rav Auerbach ajoute une autre condition : le vin doit également changer de couleur pour être considéré comme cuit ; or, lors de la pasteurisation, le vin conserve sa couleur d’origine. Rav Elyachiv ajoute encore qu’il doit y avoir un changement notable de goût et d’odeur, ce que la pasteurisation ne produit pas.
Vin aromatisé et vin rouge
Les vins aromatisés, comme à la pêche ou d’autres variétés, sont permis ; il convient toutefois de les éviter (Michna Beroura 40). Le vin blanc fait lui aussi l’objet d’une discussion : selon le Ramban (cité dans le Choul’han Aroukh, siman 272:4), il n’est pas permis, tandis que d’autres opinions l’autorisent, et l’usage courant est d’être indulgent. Néanmoins, le vin rouge est préférable (Michna Beroura 10), surtout à Pessa’h, car il rappelle le sang versé par lequel Pharaon a affligé le peuple juif.
Jus de raisin
Il existe une discussion au sujet du jus de raisin. Rav Elyachiv considère que, puisque la Guemara exige que le vin apporte de la joie, et que le jus de raisin ne contient pas d’alcool, il n’est pas valable pour les quatre coupes, car il ne procure pas ce sentiment de joie. D’autres ne sont pas d’accord. Rav Wosner estime que tout ce qui est issu du raisin est permis. Rav Auerbach explique que, lors de la production, le jus a d’abord le statut de vin, avant que la fermentation ne soit stoppée à l’aide de produits chimiques, et sa brakha est Boré péri haguéfen ; par conséquent, son statut ne change pas même après l’arrêt du processus. Bien qu’il y ait une discussion parmi les posskim quant à l’aptitude du jus de raisin pour les quatre coupes, il est clair que les enfants et les malades ne doivent pas chercher à être stricts en buvant du vin si cela doit leur causer un inconfort ou leur nuire. Si la halakha oblige à boire du vin même si l’on risque de se sentir mal, d’avoir des vertiges ou d’être incommodé, dans de tels cas on peut s’acquitter de la mitsva avec du jus de raisin.
Vin à base de concentré
Une autre discussion concerne le vin concentré : les entreprises en retirent le liquide en le faisant bouillir jusqu’à obtenir un sirop, afin de gagner de la place, puis le reconstituent ensuite en ajoutant de l’eau. Rav Auerbach écrit qu’un tel vin n’est pas apte pour les quatre coupes, ne doit pas être utilisé pour le Kiddouch de Chabbat et ne justifie pas la brakha de Boré péri haguéfen. Rav Belsky, en revanche, n’est pas d’accord et le permet, en notant que Rav Moché Feinstein en autorisait également l’usage.
Produits chimiques ajoutés
Une autre discussion est soulevée par Rav Sternbuch, qui relève que de nombreux vins et jus de raisin actuels contiennent des produits chimiques ajoutés, ainsi que du citron, du sel et d’autres conservateurs, ce qui pourrait éventuellement affecter leur statut pour la brakha de Boré péri haguéfen. Bien que cette opinion ne soit pas retenue comme l’usage dominant, le Or LéTsion écrit que celui qui est en mesure de faire son propre vin à la maison a un avantage, pour plusieurs raisons : d’abord, pour éviter une éventuelle manipulation par des non-Juifs au cours de la production, et ensuite, pour éviter l’ajout de produits chimiques.
Résumé
Bien que le vin le plus idéal soit celui produit à la maison, sans additifs et avec un contrôle total sur sa manipulation, on peut certainement acheter le vin de son choix et en profiter. Néanmoins, lorsque c’est possible, il convient de choisir des vins qui répondent au moins à certaines des exigences mentionnées ci-dessus.
Publié initialement dans The Jewish Vues.
