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Amalek revient : quand l’histoire se répète, les racines de l’hostilité envers Israël

Amalek revient : quand l’histoire se répète, les racines de l’hostilité envers Israël

Rav Shay Tahan

Plusieurs fils se rejoignent à cette période de l’année. Premièrement, Chabbat dernier, nous avons lu le commandement de la Torah de nous souvenir d’Amalek, la nation qui nous a attaqués sans provocation et dont la haine représente une guerre spirituelle plus profonde contre l’existence même et la mission du peuple juif. Deuxièmement, la fête de Pourim, lorsque nous avons fait face au décret d’Haman, descendant direct d’Amalek, qui s’est hissé au pouvoir au sein de l’Empire perse, ce que nous appellerions aujourd’hui l’Iran. Troisièmement, nous affrontons à notre propre époque l’hostilité du régime iranien, qui menace ouvertement de détruire la nation juive et fait écho au même langage génocidaire d’une « solution finale ». Qui est Amalek ? Amalek est identifié comme le fils d’Éliphaz, lui-même fils d’Essav et ancêtre des Édomites. Il est né d’Éliphaz et de sa pilegech, Timna.

Les Amalécites sont mentionnés ensuite après la sortie d’Égypte des Israélites, accompagnée de nombreux miracles manifestes qui furent reconnus dans le monde entier. Malgré la large connaissance de ces miracles, Amalek choisit de braver la crainte générale et d’engager le combat contre nous. Tout en sachant qu’ils ne survivraient pas, ils jugèrent qu’il valait la peine de nous affronter et d’atténuer la crainte inspirée aux nations, acceptant leur propre anéantissement comme un moyen de « refroidir », pour ainsi dire, l’appréhension des autres nations. Parce qu’Amalek fut le premier à affronter Israël au combat, Bilam, dans sa prophétie, appelle Amalek « la première des nations ». Dans le récit biblique, le roi Chaoul et le conflit avec les Amalécites sont décrits dans le premier livre de Chemouel (chapitre 15).

Hachem ordonna à Chaoul de détruire entièrement le peuple amalécite, hommes, femmes, enfants et bétail, en châtiment divin de leur hostilité passée envers les Israélites lors de leur sortie d’Égypte. Cependant, Chaoul n’exécuta pas pleinement cet ordre. Bien qu’il eût exterminé un grand nombre d’Amalécites, il épargna leur roi, Agag, ainsi qu’une partie du meilleur bétail. En conséquence de la désobéissance de Chaoul, Chemouel déclara que Hachem l’avait rejeté comme roi d’Israël. Les Amalécites continuèrent d’être un ennemi récurrent des Israélites tout au long de l’histoire biblique.

Amalek dans les générations ultérieures

Dans les générations suivantes, nous rencontrons Haman, descendant d’Amalek, cette fois en Perse, sous le règne du roi A’hachvéroch. L’origine d’Haman est mentionnée dans la Méguilat Esther sous le nom d’« Haman l’Agaguite », c’est-à-dire issu de la famille d’Agag. Agag est explicitement mentionné dans le livre de Chemouel comme roi des Amalécites. Haman est donc un descendant d’Agag, roi d’Amalek. Nous rencontrons de nouveau l’Amalécite à l’époque récente, précisément en Allemagne. Le Gaon de Vilna, qui vécut il y a plus de 200 ans, affirmait que les Allemands sont les descendants d’Amalek. Dans le livre « Yerouchaténou » (’ח חלק Rav Binyamin Hamburger) עמוד קצו והלאה, sont cités différents rabbanim qui ont confirmé cette perspective.

Parmi eux, Rav Eliézer de Lizensk et Rav Zoucha de Manipoli, éminentes figures ‘hassidiques, furent les premiers à exprimer l’idée que les Allemands incarnent Amalek. Ce point de vue se retrouve également dans les écrits du Sfat Emet et de l’Avné Nezer. Il est frappant de noter que l’Iran et certaines parties de l’Europe ont été historiquement associés au terme « aryen ». Le nom même d’Iran est lié à un mot ancien signifiant « pays des Aryens », et dans l’histoire européenne plus tardive, le terme « aryen » a également été employé en rapport avec les Allemands.

Des recherches modernes fondées sur l’ADN ont également mis en évidence un lien génétique fort, et donc une ascendance commune, entre les populations du nord de l’Inde, de la Perse (Iran) et de l’Europe de l’Est, en particulier l’Ukraine et la Pologne, montrant que les Ukrainiens sont eux aussi liés à cette ascendance aryenne/indo-européenne plus large. Cela aide à expliquer l’hostilité profondément enracinée qui a existé historiquement chez les Ukrainiens et les Polonais envers le peuple juif. L’histoire d’Amalek et des descendants d’Essav révèle que la guerre contre Israël n’est souvent pas une simple querelle de frontières ou de pouvoir, mais une tentative plus profonde de couper le peuple juif de son identité, de sa Torah et de son lien avec Hachem. Examinons de plus près le sens de tout cela :

« Il existe un peuple… » — La stratégie d’Haman : couper Israël de Hachem

« Haman dit au roi A’hachvéroch : Il existe un peuple dispersé et séparé parmi les peuples, dans toutes les provinces de ton royaume. Leurs lois diffèrent de celles de tout autre peuple, et ils n’observent pas les lois du roi. Il n’est pas dans l’intérêt du roi de les tolérer. » Haman ne présentait pas seulement un argument politique. Il construisait un dossier pour détruire le peuple juif en le dépeignant comme un groupe d’étrangers qui n’ont pas leur place, et surtout comme une nation qui n’est plus protégée par son D.ieu. La Guemara (Méguila 13b) décrit comment Haman tenta de persuader A’hachvéroch pas à pas : Haman : « Exterminons-les. » A’hachvéroch : « Je crains leur D.ieu. Il pourrait me faire ce qu’Il a fait aux rois précédents. » Haman : « Ne t’inquiète pas — “yachno”… ils se sont endormis par rapport aux mitsvot. »

A’hachvéroch : « Mais il y a des rabbanim parmi eux. » Haman : « Malgré tout, ils sont un seul peuple. » Autrement dit : A’hachvéroch craignait le châtiment divin. La réponse d’Haman visait à dissiper cette crainte en prétendant que le peuple juif n’était plus véritablement lié à Hachem. Que signifie « yéchno » ? Deux lectures. Le mot « yéchno » semble simple — « il existe » — mais ‘Hazal y lisent bien davantage. Le Maharcha explique deux sens : 1) Ils ont « changé » les mitsvot, de la racine de chinouï (changement) :

Haman soutenait que les Juifs déforment ou altèrent leurs mitsvot et ne les observent pas correctement. 2) Ils « dorment » par rapport aux mitsvot, du mot chéna (sommeil) : Haman prétendait que les Juifs sont spirituellement endormis, négligents et déconnectés de l’observance des mitsvot. Cette même tactique — couper Israël de Hachem — réapparaît plus tard dans l’histoire au sein des deux grandes religions du monde : le christianisme et l’islam. Ces deux religions construisent un argument théologique selon lequel le peuple juif ne vit plus comme la véritable nation de Hachem, mais elles le formulent différemment.

La thèse de l’islam : « Les Juifs sont toujours obligés, simplement ils ne l’observent pas »

L’islam soutient généralement que le peuple juif est toujours tenu aux mitsvot données au Sinaï, mais qu’il les a abandonnées. Un exemple célèbre figure dans la tradition islamique (dans le Coran et les hadiths) : Allah aurait puni des Juifs pour avoir violé le Chabbat — en particulier en pêchant — en les transformant en singes et en porcs. C’est pourquoi, dans de nombreuses sociétés musulmanes au cours de l’histoire, les Juifs ont été insultés et déshumanisés par ces qualificatifs. Dans cette approche, l’accusation est : « Vous êtes toujours liés à la Torah, mais vous y faillissez. » C’est essentiellement : « Ils dorment par rapport aux mitsvot. » La thèse du christianisme : « Les Juifs ont changé les mitsvot, puisque les mitsvot ne sont plus requises. » Le christianisme, dès ses fondements les plus anciens, a soutenu quelque chose de très différent : non seulement les Juifs sont accusés de ne pas observer correctement la Torah, mais la théologie chrétienne prétend que les mitsvot ne sont plus du tout obligatoires ni requises. Le christianisme a introduit une doctrine devenue l’une de ses idées centrales :

La théologie de la substitution

Un enseignement qui prétend que le peuple juif a perdu son statut de véritable « Israël », et que l’Église l’a remplacé. L’un des premiers théologiens chrétiens les plus influents, Justin Martyr, soutenait qu’une fois que les Juifs avaient rejeté leur messie, ils n’étaient plus le véritable Israël. Il décrivait les Juifs comme « l’Israël de la chair », tandis que les chrétiens devenaient « l’Israël de l’esprit ». Ainsi, lorsque la Torah dit que Hachem est le D.ieu d’Israël, cette idéologie prétend en fait : Hachem a abandonné Sa nation — « Il dort à leur égard ». Et une fois les mitsvot déclarées « annulées », il ne reste plus que la croyance en leur messie : • quiconque croit est « sauvé » • quiconque ne croit pas est rejeté. Voilà la version chrétienne de : « Ils ont changé les mitsvot. »

L’explication profonde du Maharal : Amalek et la bataille pour savoir « qui dirige ». Ce concept est puissamment éclairé par le Maharal dans un tout autre contexte : son explication d’Amalek. La Torah ordonne : « Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek en chemin, lorsque vous sortiez d’Égypte… comment il t’a surpris en chemin et a frappé les plus faibles d’entre vous… » Rachi explique l’expression « acher karkha badérekh » comme liée à l’impureté et à la corruption. Le Maharal (Gour Arié) explique pourquoi l’attaque d’Amalek s’est exprimée précisément de manière humiliante et corruptrice : toutes les nations ont été créées pour servir un ordre divin dans lequel Israël est appelé à diriger, comme le dit la Torah : « Tu domineras sur de nombreuses nations, et elles ne domineront pas sur toi. » Lorsqu’Israël est à la hauteur de sa mission, le monde possède structure et unité.

Mais lorsqu’Israël s’affaiblit spirituellement, les nations s’élèvent au-dessus de lui. Israël et les nations comme « modèle de relation » : le Maharal décrit la relation entre Israël et les nations au moyen de la métaphore des rôles masculin et féminin — c’est-à-dire direction et dépendance, et non identité physique. • Lorsqu’Israël suit la Torah, il dirige : Israël est le « donneur » et les nations sont le « receveur ». • Lorsqu’Israël chute, les nations prennent le contrôle et Israël s’affaiblit. Amalek est différent : Amalek n’est pas du tout disposé à faire partie de cet ordre. Amalek refuse d’accepter le rôle d’Israël, et c’est pourquoi le combat d’Amalek n’est pas seulement politique : c’est une rébellion contre la structure spirituelle du monde.

C’est pourquoi Amalek représente une force hostile unique : une nation qui ne se contente pas de haïr Israël, mais qui combat l’idée même qu’Israël ait une mission divine.

Le lien avec le christianisme

C’est ici que le parallèle devient frappant : la théologie de la substitution ne dit pas simplement : « Israël a tort » ou « Israël a fauté ». Elle prétend quelque chose de bien plus radical : « C’est nous, désormais, le véritable Israël. » Aucune autre nation dans l’histoire n’a formulé cette prétention comme l’a fait le christianisme. C’est une contestation directe du statut spirituel de « premier-né » d’Israël et de sa mission. L’islam, en revanche, ne prétendait généralement pas « nous sommes Israël ». L’islam affirmait plutôt : Hachem a remplacé le judaïsme par une « vraie religion » plus récente, et il a qualifié le système de la Torah de dépassé ou d’annulé.

L’idée centrale : le vieux mensonge d’Haman sous un nouvel habit

L’argument d’Haman n’a jamais été simplement : « Ils sont différents » ou « ils ne s’intègrent pas ». Sa thèse profonde était : les Juifs ne sont plus liés à leur D.ieu. Une fois ce lien remis en question, tout devient plus facile : • il devient plus facile de haïr • plus facile de justifier la persécution • plus facile de verser le sang innocent. C’est pourquoi cet argument revient sans cesse au fil de l’histoire, car c’est la forme la plus dangereuse d’antisémitisme : non seulement attaquer les Juifs, mais attaquer le lien entre le peuple juif et Hachem.

Publié initialement dans The Jewish Vues.

Original en anglais