Des standards différents
Rav Shay Tahan
Après la fête de Pourim, beaucoup d’entre nous se retrouvent face à des dilemmes halakhiques concernant le statut de kacherout des nombreux michloa’h manot que nous avons reçus, ainsi que de ceux que nous offrons aux autres. Commençons par les aliments que nous avons reçus et dont nous ne savons pas s’il nous est permis de les manger. Avons-nous le droit de manger tous ces gâteaux et biscuits reçus, faits maison, ou devons-nous nous préoccuper de la kacherout des ingrédients, de la kacherout du four, etc. ? Autre exemple : si nous avons reçu une salade dont nous ne sommes pas sûrs qu’elle ait été correctement vérifiée/nettoyée des insectes, est-elle propre à la consommation selon la halakha ? Nourriture de personnes en qui nous avons confiance et en qui nous n’avons pas confiance.
La règle générale pour cette halakha יו״ד ראה קיט סימן ((est que nous devons évaluer le degré de confiance que mérite la personne qui nous a apporté la nourriture. S’il y a lieu de le soupçonner quant à son observance des différentes lois alimentaires de la Torah (kacherout), quant à son respect des nombreuses lois fondamentales de la Torah, et à plus forte raison en ce qui concerne l’observance du Chabbat, nous n’avons pas le droit de manger quoi que ce soit qu’il nous a envoyé, à moins que ce ne soit emballé et porte le sceau d’une surveillance de kacherout fiable. La raison donnée est qu’une telle personne n’hésiterait pas à donner aux autres des produits non cachers, puisque nous voyons que lui-même n’est pas pointilleux. À l’inverse, s’il est connu de nous comme une personne qui mange cacher, étudie la Torah et est en général scrupuleuse dans les mitsvot, nous pouvons manger la nourriture qu’il nous a apportée sans aucune inquiétude.
Nourriture de personnes dont nous ne sommes pas sûrs Les doutes surgiraient dans le cas où nous ne sommes pas sûrs, c’est-à-dire que nous ne le connaissons pas suffisamment. Cela peut se traduire par plusieurs préoccupations différentes : d’abord et avant tout, ce principe fondamental de savoir à quel point il est digne de confiance. De plus, même si nous savons qu’il est très « religieux », peut-être n’est-il pas très instruit dans la loi juive, ce qui se traduirait alors par de nombreuses préoccupations halakhiques, comme de savoir si sa cuisine est cachère – son four, ses ustensiles, etc. – ou peut-être que quelque chose est devenu taref par inadvertance. En outre, même si nous lui faisons confiance pour avoir utilisé un hekhcher fiable pour les ingrédients et pour tenir une cuisine cachère, il est encore possible que nous-mêmes nous efforcions de suivre des standards de kacherout plus élevés et que, par conséquent, nous ne mangions normalement pas de nourriture conforme à ses standards inférieurs.
Sans parler du fait que nous pouvons suivre un tout autre ensemble de halakhot, par exemple la différence entre séfarades et ashkénazes en matière de halakha. Alors, que faut-il faire ? Il y a une ma’hloket Richonim concernant la première question : recevoir de la nourriture de quelqu’un dont nous ne connaissons pas le niveau de kacherout. Le Tour (siman 119) écrit que normalement, tout Juif est digne de confiance, à moins que nous sachions qu’il ne l’est pas. Sur cette base, il serait permis de manger la nourriture reçue. Le Rambam, en revanche, est en désaccord et écrit que nous n’avons pas le droit de nous fier aux gens à moins qu’ils ne soient connus de nous comme fiables. Le Rama a tranché comme le Rambam et interdit de manger la nourriture à moins que nous sachions que la personne qui nous l’a donnée est digne de confiance.
Mais le Choul’han Aroukh, que suivent les séfarades, a écrit que l’on peut se fier à toute personne à l’égard de laquelle nous n’avons pas de soupçon. Lemaasé, aujourd’hui, même les séfarades sont stricts, surtout depuis que les posskim plus tardifs ont décrété de ne pas manger de la nourriture de quiconque en qui nous n’avons pas pleinement confiance. .(סה ס״ס הלל בית (וכן ערה״ש קיט ס״ט Donner aux autres de la nourriture que vous ne mangez pas. Puis-je donner aux autres les michloa’h manot que j’ai reçus et que je ne mange pas moi-même en raison de problèmes de kacherout ? Il arrive que nous recevions des aliments que nous ne mangerions pas parce que nous suivons des standards de kacherout plus élevés. Par exemple, certains ne mangent pas de produits laitiers qui ne sont pas ‘halav Israël. Si l’on a reçu de tels produits, peut-on les donner à un ami qui, lui, mange du non-‘halav Israël ? Il existe une discussion parmi les posskim sur cette question.
La discussion repose sur la question de savoir si l’interdit de « לפני עיור לא תתן מכשול » signifie de ne pas amener les autres à fauter, à faire ce que moi je n’ai pas le droit de faire, même si leurs rabbanim permettent d’en manger ; ainsi, dans l’exemple que nous avons cité plus haut, si je ne mange pas de produits non-‘halav Israël, je n’aurais pas le droit d’en servir à ceux qui mangent du non-‘halav Israël המלך שער .((Ou, à l’inverse, certains posskim disent autrement : l’interdit mentionné ne s’applique qu’à ce qui serait une faute pour l’autre personne, et par conséquent, puisqu’il lui est permis de manger ces produits, même si moi je n’en ai pas le droit, cela n’est pas considéré comme l’amener à fauter. כתב סופר יו״ד סי‘ עז. מבי״ט ח״א סי‘ כא Lemaasé, le Rav Auerbach a tranché qu’il y a une différence entre les interdits de la Torah et ceux d’origine rabbinique ; car normalement, en cas de doute portant sur une loi de la Torah, on adopte l’approche la plus stricte, alors que pour les lois rabbiniques on penche davantage vers l’indulgence.
Ainsi, lorsque l’aliment soulève une question d’interdit de la Torah, on sera strict et on ne donnera pas aux autres ce qu’on ne mangerait pas soi-même (par exemple de la viande non Beth Yossef selon les séfarades), mais on pourra être indulgent pour donner des aliments interdits par les rabbanim (par exemple le non-‘halav Israël mentionné plus haut). מנחת שלמה ח״א סי‘ מד
Publié initialement dans The Jewish Vues.
