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Bon débarras

Rav Shay Tahan

Alors que nous avons vu Tsahal cibler de hauts responsables de l’organisation terroriste Hamas, responsables des récentes attaques contre Israël et qui terrorisent les citoyens israéliens depuis de nombreuses années, il était difficile de dissimuler des sentiments de joie et de satisfaction en les voyant enfin subir les conséquences de leurs actes.

Une question pertinente se pose cependant : est-il moralement acceptable de ressentir du bonheur lorsque des terroristes méchants sont punis pour leurs actes ?

Le passouk du roi Chelomo met en garde ( משלי, בנפול אויבך אל תשמח ובכשלו אל יגל לבך” :(כד,יח”- « Ne te réjouis pas quand ton ennemi tombe, et que ton cœur ne soit pas dans l’allégresse quand il trébuche. » Ce verset d’avertissement met en garde contre le fait de trouver de la joie dans le malheur d’autrui. De plus, la suite du verset souligne la gravité de ce sentiment, en déclarant .״פן יראה ה ורע בעיניו והשיב מעליו אפו״- « De peur que l’Éternel ne le voie, que cela soit mal à Ses yeux, et qu’Il ne détourne de lui Sa colère. »

Les commentateurs expliquent que ce verset implique que se réjouir de la chute de nos ennemis peut attirer la colère divine. Dans certains cas, au lieu de punir l’ennemi, Hachem peut détourner Sa colère vers ceux qui prennent plaisir au malheur de leurs adversaires. C’est pourquoi, même s’il peut être naturel de ressentir de la satisfaction lorsque justice est rendue, il est essentiel de tempérer ces émotions par la compassion et l’humilité, en restant conscient des conséquences spirituelles possibles du fait de se réjouir de la souffrance d’autrui.

La Guemara (מגילה טז, א) traite justement de cette question en relatant un épisode impliquant Mordekhaï et Haman. Lorsque Mordekhaï fut élevé sur le cheval, il donna des coups de pied au méchant Haman. Haman, ressentant la douleur, interpella Mordekhaï en citant le passouk qui met en garde contre le fait de se réjouir de la chute de ses ennemis. La réponse de Mordekhaï fut éclairante : il distingua entre la punition d’un Juif méchant, qui ne doit pas susciter de joie, et la punition d’un non-Juif méchant, dont il est permis de se réjouir.

La raison de cette distinction est évidente. Lorsqu’un Juif, notre frère, subit des conséquences, même s’il les mérite, nous devons compatir à sa souffrance. En revanche, en ce qui concerne les non-Juifs méchants, nous ne sommes pas tenus par la même obligation. Il est donc permis de ressentir une certaine satisfaction face à la disparition de terroristes malfaisants.

Pourtant, une autre question se pose : lors de la sortie d’Égypte, lorsque les Égyptiens poursuivirent le peuple juif jusqu’à la mer, Hachem les noya tous.

Voyant les Égyptiens se noyer dans la mer, les anges voulurent chanter des louanges, mais Hachem les arrêta, indiquant qu’il ne convient pas de se réjouir lorsque Ses créatures sont détruites (מגילה י, ב). Cela souligne le principe consistant à s’abstenir d’exprimer de la joie lorsque nos ennemis sont punis.

Cependant, il existe des cas où se réjouir de la chute des méchants est non seulement permis, mais aussi louable. ‘Hazal nous enseignent que le roi David, réputé pour avoir loué Hachem à travers les Tehilim, retint la louange « Haléloukah » jusqu’à ce qu’il eût vu la chute des méchants (ברכות ט, ב). Un autre verset souligne la joie qui accompagne l’élimination des méchants : « באבוד רשעים רינה » (משלי יא, א).

Le Séfer ‘Hassidim (תרז) va même jusqu’à suggérer que le fait de ne pas se réjouir lorsque les méchants connaissent leur fin pourrait entraîner une punition.

Quelques approches ont été proposées pour résoudre la contradiction ci-dessus :

Le Zohar (ב,סא דף נח) suggère que la différence réside dans le caractère répétitif des fautes d’une personne. Hachem ne punit généralement pas immédiatement les individus pour leurs transgressions ; Il attend plutôt qu’ils se repentent et corrigent leur conduite. Si cela ne se produit pas, il arrive un moment où Hachem détermine que l’individu ne changera pas, et Il décide que le temps de la punition est venu. À ce moment-là, lorsque Hachem exécute le jugement, il y a lieu de se réjouir. Selon le Zohar, les Égyptiens n’avaient pas encore atteint ce point critique, et c’est pourquoi Hachem ne trouva pas de joie dans leur disparition. Toutefois, cette explication ne s’applique pas directement à nous, car nous n’avons pas le discernement nécessaire pour savoir si une personne a atteint le point où Hachem décide de lui infliger une punition. Seul Hachem possède cette connaissance, et c’est pourquoi Il ordonna aux anges de ne pas chanter.

Cependant, en tant que nation, nous avons le droit de nous réjouir lorsque nous sommes délivrés des mains de nos adversaires, par exemple lorsque nous sommes sauvés des actions malveillantes de certains groupes.

Certains suggèrent que l’interdiction de chanter et de se réjouir ne s’applique que pendant que les méchants subissent leur punition.

À ce moment précis, Hachem est attristé de voir Ses créatures périr, mais une fois qu’elles ont été punies, on peut exprimer de la joie, comme l’explique le commentaire Roch David sur la Paracha Béchala’h (ראש דוד פרשת בשלח דנ״ד ועיון יעקב). Cela s’accorde bien avec la raison pour laquelle Hachem empêcha les anges de chanter lorsqu’ils demandèrent à le faire pendant que les Égyptiens se noyaient. Par la suite, cela était assurément permis, comme le prouve le fait que Moché et le peuple chantèrent la Chirat Hayam. Selon cette explication, nous pouvons effectivement nous réjouir en apprenant que ces terroristes ont été neutralisés.

Une autre explication est que les anges n’eurent pas la permission de chanter parce que ce n’étaient pas eux qui étaient sauvés des Égyptiens. En revanche, le peuple, qui était poursuivi dans l’intention de le tuer ou de le ramener en esclavage, avait bel et bien le droit de chanter, comme le firent Moché et le peuple. Cette interprétation nous enseigne que, dans les événements actuels, le peuple juif, qui a été sauvé des djihadistes, a le droit d’exprimer sa joie.

Il existe plusieurs autres explications à considérer, mais dans l’ensemble, nous apprenons qu’il est à la fois juste et attendu de notre part de nous réjouir de la chute de ces méchants meurtriers.

Original en anglais