Guide de voyage pour Pessa’h
Rav Shay Tahan
Extrait de mon prochain séfer : The Traveler’s Guide
Lorsqu’on séjourne à l’hôtel, de nombreuses questions halakhiques se posent, au-delà des lois de Pessa’h. Il s’agit par exemple de questions de Chabbat, comme les lumières automatiques, les capteurs électroniques et l’utilisation des cartes-clés magnétiques. Il faut être attentif à ces sujets et demander les conseils appropriés lorsque c’est nécessaire.
Toutefois, nous nous limiterons ici aux halakhot relatives à Pessa’h.
Lorsqu’on participe à un séjour de Pessa’h
Lorsqu’on choisit un séjour organisé pour Pessa’h, il faut savoir que le niveau de kacherout est d’une importance primordiale. Pessa’h comporte de nombreuses halakhot complexes, bien au-delà des exigences du reste de l’année ; il est donc essentiel de s’assurer que le séjour fonctionne selon un niveau de kacherout élevé et fiable.
Avant tout, il faut se renseigner pour savoir qui est le machguia’h. Il ne suffit pas qu’il y ait « une certaine surveillance » ; il faut s’assurer que le machguia’h est compétent, expérimenté dans les halakhot de Pessa’h et, ce qui n’est pas moins important, un yeré chamayim dont l’intégrité est digne de confiance. La hachga’ha elle-même doit correspondre à ses propres exigences, en particulier quant au niveau de rigueur concernant les ingrédients et la préparation des aliments, comme la vérification des insectes. Il est conseillé de se renseigner à l’avance sur la manière dont la cuisine est cachérisée, sur les produits utilisés et sur la façon dont la surveillance est assurée tout au long du séjour.
Au-delà de la kacherout, l’atmosphère générale du séjour mérite réflexion. Pessa’h est un temps de kédoucha, et l’environnement doit le refléter. Il faut faire des efforts raisonnables pour s’assurer que le public est respectueux, que les règles de tsniout sont respectées et que le ton général convient au Yom Tov. On peut souvent s’en faire une idée en se renseignant sur ceux qui fréquentent habituellement ce séjour, sur le type de clientèle qu’il attire, et en parlant avec le rav.
En résumé, une attention soigneuse portée à la fois aux exigences halakhiques et à l’environnement spirituel d’un séjour de Pessa’h permet de s’assurer que l’expérience n’est pas seulement pratique, mais aussi en accord avec les valeurs et la sainteté de la fête.
Vendre sa maison pour être dispensé du nettoyage
Celui qui quitte sa maison pour toute la durée de Pessa’h et n’y reviendra pas peut inclure à la fois le ‘hamets et les lieux dans une vente en bonne et due forme, les faisant ainsi sortir de sa propriété au regard de la halakha. Dans un tel cas, il n’est pas tenu de nettoyer ni de faire la bédikat ‘hamets dans ces endroits.
Il ne vend pas par lui-même. La pratique courante est de désigner un rav comme chalia’h (mandataire) pour effectuer en son nom une mekhirat ‘hamets formelle.
Si l’on a oublié de vendre le ‘hamets de sa maison par l’intermédiaire de son rav, on peut le faire en appelant le rav ou en utilisant un site internet fiable qui permet d’effectuer la vente. Lorsqu’on utilise un service en ligne, il faut s’assurer qu’il est digne de confiance. Cette vente doit être faite le matin, avant l’heure où le ‘hamets devient interdit, et avant que le rav n’ait effectivement conclu la vente avec le non-Juif. Si aucune de ces options n’est possible, il faut trouver un non-Juif pour vendre le ‘hamets en son nom.
Comment cela fonctionne :
- On remplit un formulaire de procuration (en personne ou en ligne) désignant le rav.
- On précise que l’on vend toute la maison et tout le ‘hamets ainsi que les endroits où il se trouve (pièces, placards, etc.).
- Le rav effectue alors avant Pessa’h une vente juridiquement contraignante à un non-Juif, au moyen d’un kinyan valable selon la halakha et selon la loi civile.
- Après Pessa’h, le rav organise le rachat.
- La vente doit être sérieuse et complète, et non simplement symbolique.
Vérifier une chambre d’hôtel pour le ‘hamets
Cependant, son obligation n’est pas supprimée, mais transférée : il doit faire la bédikat ‘hamets à l’endroit où il séjournera. Par exemple, s’il loge à l’hôtel, il doit vérifier sa chambre avec une brakha, en s’assurant qu’elle est exempte de ‘hamets.
Lorsqu’on entre dans sa chambre d’hôtel, il est conseillé de laisser d’abord ses bagages dehors, afin de pouvoir faire la bédika sans que des objets superflus n’en gênent l’accès. Ainsi, la vérification peut se faire rapidement, efficacement et avec l’attention requise.
Il doit inspecter les endroits habituels où du ‘hamets a pu être laissé par les occupants précédents, comme sous et derrière le lit, autour et sous le bureau, à l’intérieur des tiroirs et le long des étagères. Il convient également de vérifier les sièges, y compris un canapé ou des fauteuils s’il y en a, en prêtant attention aux interstices où de la nourriture peut tomber. En outre, il faut jeter un rapide coup d’œil dans la penderie et dans tous les coins accessibles de la chambre.
La bédika se fait normalement à la bougie ; toutefois, si l’hôtel n’autorise pas les bougies dans la chambre, ou si la chambre est recouverte de moquette et que l’on veut éviter le risque d’incendie ou de dégât, on peut utiliser à la place une lampe de poche, comme la lampe d’un téléphone.
Le nettoyage et la vérification de la chambre sont requis de la même manière, même si l’on arrive dans la chambre d’hôtel pendant ‘Hol Hamoed.
Vérifier la voiture
On peut également accomplir la mitsva de la bédikat ‘hamets dans sa voiture. Si l’on loue un véhicule pour Pessa’h, ou même s’il n’est loué que pour ‘Hol Hamoed, on est tenu de vérifier qu’il ne s’y trouve pas de ‘hamets.
En revanche, un passager d’un bus public, d’un train ou d’un taxi n’a pas besoin de vérifier, car l’obligation d’inspecter ne s’applique qu’au propriétaire. De même, une personne qui monte dans un avion n’a pas besoin de vérifier son siège.
Collations et boissons dans la chambre
Dans une chambre où ont été laissées des boissons alcoolisées et des collations non cachères pour Pessa’h, il faut retirer ces articles. Si ce n’est pas possible, il faut les placer dans un tiroir séparé, avec une étiquette indiquant clairement qu’ils appartiennent à un non-Juif.
Certains hôtels proposent à la vente, dans les chambres, des collations et des boissons, et ne facturent aux clients que ce qu’ils consomment. À Pessa’h, ces articles ne doivent pas être laissés dans la chambre, car ils ne sont pas cachères pour Pessa’h.
La plupart des chambres d’hôtel disposent d’une cafetière avec des gobelets ou des dosettes de café. Bien que certains cafés nature puissent être utilisés sans surveillance spéciale de Pessa’h, il ne faut pas utiliser la cafetière sans l’avoir d’abord cachérisée.
Les cafetières simples peuvent être cachérisées en nettoyant soigneusement les éléments internes, puis en les faisant fonctionner avec de l’eau chaude.
Cachériser la cuisine
Ceux qui disposent d’une cuisine dans leur chambre, ou d’ustensiles de cuisine, peuvent les cachériser. Les lois de la cachérisation étant complexes, il faut consulter un rav pour chaque objet. Si l’on arrive dans un appartement ou un hôtel pendant ‘Hol Hamoed Pessa’h, selon l’usage séfarade il est permis de cachériser les ustensiles par hag’ala (immersion dans de l’eau bouillante), tandis que les ashkénazes sont stricts. La cachérisation par liboun (chauffage direct) est permise même pour les ashkénazes.
Quoi qu’il en soit, certaines surfaces de la chambre doivent être nettoyées et recouvertes (si elles ne sont pas cachérisées), car on y pose couramment de la nourriture. Au premier rang se trouve la table, car on y pose souvent la nourriture directement ; il faut donc bien la nettoyer et la recouvrir d’une nappe ou d’une protection en plastique jetable. Il en va de même pour tout plan de travail, s’il y en a un.
Manger avec d’autres
Si l’on participe à un séjour de Pessa’h avec de nombreuses familles et que l’on observe certaines ‘houmrot que le séjour ne prend pas en compte — par exemple, ne manger qu’un certain type de matsa ou éviter de mouiller la matsa —, on peut tout de même manger les autres aliments permis et s’asseoir à la même table que ceux qui n’observent pas les mêmes ‘houmrot. Au birkat hamazon, on peut participer au zimoun, même si l’on ne consomme pas certains des aliments préparés pour les autres.
Publié initialement dans 5TownsCentral ; également publié dans The Jewish Vues.
