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Pchat ou Kabbale

Pchat ou Kabbale

Rav Shay Tahan

Le jour de Lag Baomer est le jour où Rabbi Chimon bar Yo’haï a révélé au monde les secrets les plus profonds de la Torah, connus sous le nom de Kabbale, consignés dans le Séfer Hazohar. Toutefois, ce ne sont pas seulement ces secrets qui ont été révélés dans le Zohar ; les kabbalistes ont également puisé aux sources du Zohar de nombreuses halakhot. Cependant, bien souvent, les halakhot écrites dans le Zohar ou qui en sont déduites sont contraires à celles du Choul’han Aroukh, et les posskim discutent donc de la conduite à tenir dans un tel cas.

Tous sont-ils d’accord ?

Cette discussion semble être une divergence d’opinions entre séfarades et ashkénazes. Le Beth Yossef (auteur du Choul’han Aroukh), que les séfarades suivent généralement, a écrit (סימן קמא) que le Zohar l’emporte sur la décision des posskim : « לא שבקינן דברי הזוהר מפני דברי הפוסקים ». En revanche, le Rama, qui est le possek des ashkénazes, a soutenu que nous suivons les posskim plutôt que le Zohar : « אין לזוז מדברי הפוסקים אף אם היו דברי הזוהר חולקים עליהם. כן נראה לי דלא כבית יוסף ». Le Beth Yossef a expliqué (או״ח סי’ כה) qu’en réalité, tout possek qui a tranché contrairement au Zohar ne l’a fait que parce qu’il n’avait pas vu l’opinion du Zohar ; si ce possek avait vu les paroles du Zohar, il aurait assurément changé d’avis et tranché conformément au Zohar.

La raison pour laquelle les posskim n’ont pas vu ce que dit le Zohar est que le Zohar est resté caché pendant environ 1500 ans après que Rabbi Abba eut mis par écrit tous ces merveilleux secrets que lui avait transmis Rabbi Chimon bar Yo’haï. Donnons un seul des nombreux exemples de ce principe. Dans les halakhot du לחם משנה – lé’hem michné de Chabbat (les deux pains requis aux repas de Chabbat), nous apprenons que le vendredi soir, on doit couper le pain du dessous. Le Beth Yossef dit que selon le pchat, on devrait en réalité couper le pain du dessus ; néanmoins, nous ne le faisons pas, mais nous coupons le pain du dessous, car telle est l’opinion du saint Zohar.

Le Ba’h s’est vivement opposé au Beth Yossef, demandant comment il est possible qu’il ignore la décision de la Guemara selon laquelle on ne doit pas passer outre une mitsva (אין מעבירין על המצוות) qui se trouve devant soi pour aller à la mitsva qui se trouve en dessous, à cause du Zohar ?!?!

L’opinion des posskim ultérieurs

Les posskim ultérieurs ont également suivi ce principe. La Michna Beroura (סימן כח, ס״ָק מב), qui était l’autorité de référence des ashkénazes, a écrit qu’il faut suivre la Guemara et les posskim plutôt que le Zohar et la Kabbale ; avec une exception : chaque fois que les posskim n’ont pas exprimé leur opinion, ou chaque fois que les posskim sont en désaccord sur une loi donnée, c’est alors le Zohar qui tranche. Autre exception : si la Kabbale est plus stricte que le pchat, nous devons alors suivre la Kabbale. À l’inverse, le Kaf Ha’haïm, qui était un possek séfarade plus tardif, a écrit (סימן כה, ס״ק עה) que l’approche séfarade est celle qu’a écrite Maran le Beth Yossef (voir plus haut), à savoir que léhalakha, nous suivons la décision du Zohar. Il rapporte les paroles du Rav Massat Binyamin (משאת בנימין סי’ סב דף זן) selon lesquelles, même si tous les posskim du monde disaient autrement que le Zohar, nous suivrions tout de même le Zohar plutôt que tous les autres. Le Séfer Peta’h Hadvir (ח״ב עמוד ח’) écrit que Maran le Choul’han Aroukh introduit toujours le Zohar dans la halakha dans son séfer.

Minhaguim

De plus, cela ne s’applique pas seulement aux questions halakhiques, mais aussi aux minhaguim – les coutumes. Bien que le Choul’han Aroukh ait écrit qu’on ne doit changer aucun minhag (coutume) en aucune façon, et qu’il ait ensuite émis une mise en garde dans l’introduction de sa grande œuvre, le Beth Yossef sur le Tour, disant que s’il lui arrivait de dire quelque chose qui n’est pas conforme au minhag de quelqu’un, celui-ci devrait ignorer son psak et suivre le minhag, lorsqu’il s’agit du Zohar, il semble suivre le Zohar plutôt que le minhag. Par exemple, il rapporte (או״ח סי’ נט) le minhag mentionné par le Roch et Rabbénou Yona selon lequel on peut dire la « Kédoucha » de « Yotser » et de « Ouva Létsion Goël » sans minyan (quorum de dix hommes), mais puisque le Zohar pense autrement, nous ne suivons pas ce minhag.

Ici aussi, le Rama (dans le Darké Moché, ס״ק ג’) s’est opposé et a dit que le minhag doit être maintenu même contre l’opinion du Zohar. Puisque les séfarades suivent toujours le Choul’han Aroukh, dans ce cas précis il n’en va pas autrement, et l’on doit suivre son psak selon lequel la Kabbale l’emporte sur le pchat et sur tous les autres posskim. De plus, même si le Beth Yossef lui-même dit autrement que la Kabbale, les séfarades doivent suivre la Kabbale.

(כף החיים שם) Cela s’applique aussi aux lois des brakhot : chaque fois que nous avons un doute sur le fait de savoir si une brakha doit être dite ou non, la règle générale est que nous ne disons habituellement pas la brakha (ספק ברכות להקל). Étonnamment, lorsque l’Ari (l’Ari était le principal maître de la Kabbale) dit qu’une brakha doit être dite, nous devons la dire même si les posskim s’y opposent et même si le Choul’han Aroukh estime qu’elle ne doit pas être dite (חיד״א בברכי יוסף סי’ מו אות יא). Il convient de noter que Rav Ovadia s’oppose à cette décision du ‘Hida. Il est intéressant de noter que Rav Ovadia était aussi très opposé à toute cette approche selon laquelle la Kabbale l’emporte sur le pchat, comme il l’a écrit à maintes reprises : léhalakha, nous ne suivons que le pchat.

Concernant ce que nous avons rapporté plus haut, Rav Ovadia a soutenu qu’il s’agit d’une mauvaise compréhension du principe : la halakha ne suit la Kabbale que lorsque c’est le Zohar lui-même qui s’oppose aux posskim, car le Zohar est un séfer ancien écrit de nombreuses années avant les posskim ; mais lorsque la Guemara s’oppose au Zohar, ou que les posskim s’opposent aux kabbalistes, nous suivons toujours la Guemara et les posskim. (ראה באריכות בעין יצחק ח״ג עמוד רסד) Mot de la fin Ce qui précède est un résumé des opinions sur la question de la Kabbale face au pchat, mais il est important de noter qu’en réalité, la Kabbale et le pchat ne s’opposent nullement : ils traitent de deux niveaux distincts de la Torah, qui se complètent et s’achèvent l’un l’autre. Le Gaon de Vilna a expliqué que quiconque pense qu’ils s’opposent se trompe.

Par conséquent, tout ce qu’ont écrit les posskim ne concerne que la manière de nous guider dans la halakha, puisqu’à nos yeux cela semble contradictoire et que nous devons agir d’une façon ou d’une autre. La manière dont les kabbalistes l’expliquent (חסד לאברהם בהקדמה לאור החמה על הזוהר) est que la Torah possède (pour ainsi dire) une âme, un corps et un vêtement. La compréhension simple de la Torah (pchat) est la partie vêtement, tandis que les lois et les mitsvot de la Torah sont le corps, et la Kabbale est l’âme.

Publié initialement dans The Jewish Vues.

Original en anglais