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Super Bowl 2026 : compassion ou stéréotype ?

Super Bowl 2026 : compassion ou stéréotype ?

Rav Shay Tahan

La publicité du Super Bowl de cette année est consacrée à la lutte contre l’antisémitisme. Le spot montre un jeune adolescent juif prénommé David qui marche dans le couloir d’une école publique, où deux brutes le bousculent de part et d’autre. On voit d’autres élèves ricaner à ses dépens. Lorsque David arrive à son casier et retire son sac à dos, il découvre un post-it sur lequel sont écrits les mots « sale Juif ».

À ce moment-là, un élève noir s’approche de lui et colle un post-it bleu vierge par-dessus le message injurieux, en disant à David de ne pas y prêter attention et qu’il sait ce qu’il ressent. Alors que David se retourne, prêt à affronter celui qui a pu le mettre là, l’autre garçon l’arrête et lui dit qu’ils n’en valent pas la peine. Les deux se serrent alors la main et s’éloignent ensemble. La publicité se termine par le message selon lequel deux enfants juifs sur trois subissent l’antisémitisme.

Bien que l’idée de combattre l’antisémitisme soit nécessaire et louable, à mon avis cette publicité risque de produire l’effet inverse. À première vue, son message semble simple : sensibiliser à l’antisémitisme et espérer qu’en l’exposant, la société s’en saisira ou le réduira. Mais l’histoire nous enseigne à maintes reprises que faire appel à la pitié et montrer sa vulnérabilité apporte rarement des résultats positifs.

Les gens éprouvent rarement une véritable compassion pour le Juif faible en tant que victime ; au contraire, ils ont tendance à nous respecter et à nous soutenir lorsque nous sommes forts, prospères et sûrs de nous. Implorer la pitié du monde n’a jamais fonctionné, et cela ne fonctionnera pas maintenant. Je me souviens que le Rav Avigdor Miller a dit un jour que lorsque nous faisons connaître au monde les crimes commis par les nazis contre des Juifs sans défense, le résultat n’est pas une compassion universelle. Au contraire, nous fournissons involontairement des idées et du combustible à ceux qui nous veulent déjà du mal.

Oui, bien sûr, beaucoup d’Américains peuvent être sensibles au message de la publicité et ressentir de l’inquiétude ou de l’empathie. Mais ce n’est qu’une partie du public. Pour d’autres, présenter les Juifs avant tout comme des victimes faibles renforce le stéréotype de la vulnérabilité, au lieu d’inspirer l’admiration, le respect ou la protection. La leçon durable de l’histoire est claire : notre sécurité et notre dignité sont toujours venues de la force, de la résilience et d’une capacité visible, et non de la recherche de la pitié.

En bref, si l’intention de la publicité est noble, son approche risque de saper involontairement l’objectif même qu’elle cherche à atteindre. Elle risque d’envoyer un mauvais message sur l’identité juive et sur la manière dont le monde nous perçoit.

Cette publicité illustre d’ailleurs mon propos de manière subtile. Lorsque le garçon colle un post-it bleu par-dessus le message injurieux, qu’est-ce que cela accomplit réellement ? Le message haineux n’est pas effacé ; il est simplement recouvert, temporairement caché. Ce geste symbolise la nature de telles « solutions » — comme poser un pansement sur une plaie qui ne guérit pas, ou prendre du Tylenol quand on est malade, ce qui masque la douleur pour un court moment mais ne traite pas la maladie sous-jacente. Dans certains cas, le problème refait même surface avec plus de force.

De même, montrer un enfant juif harcelé ou humilié ne résout pas le problème de l’antisémitisme. Au contraire, cela risque de renforcer la perception des Juifs comme faibles ou vulnérables, ce qui peut faire d’eux une cible plutôt que d’inspirer le respect ou la compréhension. L’histoire enseigne que notre sécurité, notre dignité et notre influence sont toujours venues d’une force visible, de la résilience et de l’assurance — et non du fait de demander la pitié.

Si nous voulons rattacher cela aux parachiyot de la Torah que nous étudions ces derniers temps, nous pouvons voir le même principe dans l’histoire de Pharaon. Tant que les Juifs étaient faibles, il les asservissait et tuait leurs enfants. Mais lorsque Hachem révéla leur force, Pharaon en vint à les respecter et finit par les libérer. La même leçon apparaît avec Amalek, qui n’attaque que les faibles — ceux que les nuées ne protégeaient pas. De même, dans l’histoire de Pourim, que nous fêterons bientôt, Haman et les ennemis des Juifs étaient prêts à mettre en œuvre leur « solution finale » lorsque les Juifs étaient sans défense. Mais dès que les Juifs obtinrent du roi A’hachvéroch la permission de se défendre, les ennemis reculèrent. Cela nous enseigne que la force, le courage et la capacité à nous défendre sont ce qui, en fin de compte, nous vaut le respect, la protection et la survie.

De plus, nous pouvons apprendre cette idée même des événements récents. Lorsqu’Israël a été attaqué le 7 octobre, les brutes du monde ont célébré et ont ouvertement juré de se joindre à sa destruction et d’y prendre part. Mais dès qu’Israël a riposté avec détermination et a vaincu ses nombreux ennemis, le ton a commencé à changer. La force a imposé la retenue, et la résolution a forcé la remise en question. Une fois de plus, la réalité a démontré que la faiblesse attire l’agression, tandis que la force la dissuade.

Même si tout ce qu’Israël a fait depuis est pleinement justifié, sur un plan personnel, lorsque je marche dans les rues de New York, je préfère de loin être vu par mes ennemis comme un agresseur plutôt que comme une victime. Je préfère être blâmé pour être fort plutôt que d’être pris en pitié pour être faible. Je préfère voir des bâtiments illuminés aux couleurs palestiniennes par sympathie pour eux plutôt que de voir des drapeaux israéliens projetés par sympathie pour nous, comme ce fut le cas après le 7 octobre.

Comme l’a dit un jour le Rav Meir Kahane, il préférait être haï par le monde lorsque nous sommes victorieux plutôt que de recevoir la compassion du monde après une catastrophe, comme ce fut le cas après la Shoah.

Publié initialement dans 5TownsCentral ; également publié dans The Jewish Vues.

Original en anglais