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Les bébés Bibas ; les Kerouvim et le cri d’une mère

Les bébés Bibas ; les Kerouvim et le cri d’une mère

Rav Shay Tahan

La tragédie déchirante des bébés Bibas a bouleversé les communautés juives à travers le monde, nous laissant aux prises avec un chagrin et une perte immenses. Au fond, ce qui a anéanti tant de gens, c’est l’image d’une mère s’efforçant désespérément de protéger ses enfants, qui comptaient sur elle pour le faire. À leurs yeux, elle était tout leur espoir, et elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour les protéger. Ce lien sacré entre un parent et son enfant ne devrait jamais être brisé — et encore moins par l’acte horrible du meurtre de la mère et des enfants. Notre paracha traite précisément de cette idée — la relation entre un père et ses enfants, entre Hachem et Am Israël. Elle commence par la construction du Michkan, la sainte demeure de la présence de Hachem au milieu des Bné Israël.

Les rabbins expliquent que le Michkan est comparé au corps humain, chacun de ses éléments correspondant à différents organes et fonctions. De même que le cœur est l’organe le plus vital du corps — la force centrale qui entretient la vie —, de même le Michkan avait un « cœur ». Ce cœur se trouvait au centre même du Michkan, dans l’endroit le plus saint de tous : le Kodech Hakodachim. C’est là que reposait l’Aron Hakodech, qui abritait les Lou’hot Habrit. Au-dessus de l’Aron se tenaient deux Kerouvim en or, représentés sous la forme de jeunes enfants se faisant face. Ces Kerouvim symbolisaient la relation profonde entre Hachem et les Bné Israël, exprimant le lien divin qui se trouvait au cœur du Michkan.

De même que le cœur humain pompe sans cesse la vie dans tout le corps, le Kodech Hakodachim était le cœur spirituel du Michkan, rayonnant de sainteté et de proximité avec Hachem vers la nation tout entière. Les Kerouvim étaient représentés sous la forme de jeunes enfants pour symboliser l’innocence, la pureté et le potentiel de croissance. Les enfants représentent aussi le lien naturel avec leurs parents, que ne ternissent pas les complications et les distractions de l’âge adulte. De plus, la relation entre Hachem et les Bné Israël est souvent comparée à celle d’un parent et de son enfant. De même qu’un enfant regarde son parent avec confiance et dépendance, les Bné Israël peuvent s’appuyer sur Hachem avec foi et dévouement, sachant bien qu’Il ne nous laisserait jamais tomber.

L’image des Kerouvim, se faisant face, les ailes déployées au-dessus d’eux, exprime la proximité et l’amour qui caractérisent cette relation. Ainsi, la raison pour laquelle la famille Bibas a touché les cœurs à travers le monde est enracinée dans le lien profond entre un enfant et ses parents, tel qu’il se reflète au cœur du Michkan. Bien sûr, dire que cela a touché tous les cœurs suppose que l’on ait un cœur — contrairement à ceux dont le cœur ne fait que pomper du sang mais qui sont dépourvus de véritables sentiments humains. Après avoir évoqué les émotions que nous avons tous ressenties, posons-nous la question : que ressent Hachem à ce sujet ? En avons-nous la moindre indication, ou en sommes-nous réduits à deviner ?

Il est intéressant de noter que la Paracha Michpatim, que nous venons de lire, apporte un éclairage sur une histoire semblable de notre passé — l’asservissement du peuple juif en Égypte — et révèle la profonde compassion avec laquelle Hachem considère la souffrance de Son peuple, en particulier celle des bébés. À la fin de la paracha, nous apprenons que les soixante-dix anciens d’Israël montèrent sur le mont Sinaï et eurent une vision de Hachem. Ils virent que sous Ses pieds se trouvait une brique de saphir. Rachi explique pourquoi Hachem avait une brique sous Ses pieds, enseignant que c’était pour Se souvenir constamment de la souffrance des Bné Israël, qui étaient asservis en Mitsraïm et contraints de travailler avec des briques. Le Zohar développe ce point et révèle une dimension encore plus bouleversante de cette histoire.

La brique que Hachem gardait auprès de Lui n’était pas une brique ordinaire ; elle portait une histoire tragique. Une femme juive en Égypte accoucha, et lorsque les surveillants égyptiens le découvrirent, ils prirent le bébé et l’enfermèrent dans une brique pendant qu’on la façonnait. C’est cette brique que Hachem gardait devant Lui — pour Se souvenir de la cruauté des Égyptiens et de la souffrance insupportable de Son peuple. Le Zohar ajoute que Hachem garda la brique auprès de Lui jusqu’à la destruction du Beth Hamikdach.

Bien que Hachem ressente la douleur de tous Ses enfants, petits et grands, Il a spécifiquement choisi de garder auprès de Lui la brique qui rappelle la souffrance d’un bébé. Cela s’explique peut-être par ce que nous avons expliqué : la douleur d’un enfant arraché à sa mère n’est pas seulement une tragédie historique — c’est quelque chose de profondément personnel pour Hachem. Mais pourquoi Hachem n’a-t-Il gardé la brique que jusqu’à la destruction du Beth Hamikdach ? On peut expliquer qu’une fois le Beth Hamikdach détruit, Il n’avait plus besoin d’une brique pour Lui rappeler la douleur d’un parent séparé de son enfant — car désormais, Il la vivait Lui-même. Le sentiment dévastateur de la séparation d’avec Klal Israël n’était plus seulement un souvenir, mais une réalité présente.

Mais l’expérience douloureuse de Hachem, qui gardait la brique auprès de Lui, a aussi des conséquences. Lorsque le temps du châtiment arriva, les Égyptiens subirent toute la force de la justice divine. Ils endurèrent dix plaies insupportables qui ravagèrent leur pays, avec pour point culminant leur anéantissement, lorsqu’ils furent noyés dans la mer. Nous pouvons être assurés que lorsque le moment viendra — et nous prions pour qu’il vienne bientôt —, Hachem veillera à ce que ceux qui ont commis ces crimes horribles, ceux qui les ont aidés et ceux qui les ont acclamés subissent toute la mesure de la justice pour leur méchanceté.

Publié initialement dans The Jewish Vues.

Original en anglais