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Paracha Yitro : le langage du corps – des paroles qui contredisent les sentiments, et l’expression de l’assurance

Nous poursuivons notre série sur le langage du corps à partir de la paracha. Dans la Paracha Yitro, nous voyons clairement comment une personne peut dire une chose tout en pensant, ou en ressentant, tout autre chose. Le langage du corps est le langage des sentiments : on peut voir clairement ce qu’une personne ressent envers vous, envers elle-même, envers son entourage, simplement en observant sa manière de se comporter et les expressions de son corps. Dans notre paracha, nous le voyons à deux ou trois reprises lors de la rencontre entre Moché Rabbénou et Yitro.

Un visage joyeux, et la chair de poule

Yitro vient enfin voir Moché Rabbénou, et Moché commence à lui raconter tout ce que Hakadoch Baroukh Hou a fait pour Am Israël, les miracles qui leur sont arrivés et le châtiment de Mitsraïm. Aussitôt, la Torah dit : וַיִּחַדְּ יִתְרוֹ עַל כׇּל הַטּוֹבָה אֲשֶׁר עָשָׂה ה’ לְיִשְׂרָאֵל (Chemot 18:9). Que signifie vaï’had ? Rachi donne deux explications qui semblent se contredire. La première : וַיִּשְׂמַח יִתְרוֹ, זֶהוּ פְּשׁוּטוֹ, il fut très heureux. Il dit à Moché Rabbénou : je suis si heureux pour vous ; c’est magnifique, tous ces miracles, et le fait que Mitsraïm ait été puni. Mais aussitôt, Rachi ajoute le Midrach : נַעֲשָׂה בְשָׂרוֹ חִדּוּדִין חִדּוּדִין, מֵצֵר עַל אִבּוּד מִצְרַיִם, sa chair se couvrit de chair de poule ; il était peiné de la destruction de Mitsraïm. Pourquoi une personne a-t-elle la chair de poule ? Soit parce qu’elle est très émue, soit très effrayée, soit très attristée par quelque chose qui s’est produit. Rachi nous dit qu’ici, la raison était la tristesse.

On pourrait donc dire qu’il s’agit de deux explications différentes, mais en réalité, bien souvent Rachi donne deux explications pour exprimer deux choses qui se produisent en même temps. Et ici, c’est exactement ce qui se passe. D’un côté, Yitro montre à Moché Rabbénou un visage joyeux, vaï’had Yitro ; bien sûr, il rencontre Moché Rabbénou et il doit montrer qu’il est heureux de tout ce que Hakadoch Baroukh Hou a fait pour Am Israël. Mais au même moment, son corps exprime quelque chose de totalement différent : la chair de poule partout, ‘hidoudin ‘hidoudin, montrant qu’il est triste et pas heureux de ce qui s’est passé. Il ressent la douleur des Égyptiens. Le voilà : au même instant, une personne dit une chose, et son langage corporel vous montre quelque chose de totalement différent.

Qui s’est prosterné devant qui ?

Autre chose que nous dit la paracha : lorsque Moché Rabbénou sortit à la rencontre de Yitro, il est écrit וַיִּשְׁתַּחוּ וַיִּשַּׁק לוֹ וַיִּשְׁאֲלוּ אִישׁ לְרֵעֵהוּ לְשָׁלוֹם (Chemot 18:7). L’un se prosterna devant l’autre et l’un embrassa l’autre ; pas tous les deux l’un envers l’autre, un seul. Qui s’est prosterné devant qui ? Rachi pose exactement cette question, et répond que ce doit être Moché Rabbénou : אֵינִי יוֹדֵעַ מִי הִשְׁתַּחֲוָה לְמִי, כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר אִישׁ לְרֵעֵהוּ, מִי הַקָּרוּי אִישׁ – מֹשֶׁה, שֶׁנֶּאֱמַר וְהָאִישׁ מֹשֶׁה. Celui qui est appelé ich, c’est Moché ; c’est donc Moché Rabbénou qui s’est prosterné et qui a embrassé Yitro.

C’est très intéressant. On pense généralement que lorsqu’on s’avance pour saluer quelqu’un, ou qu’on se prosterne devant lui pour lui témoigner du respect, on se place en position inférieure ; on devient vulnérable, en ce sens que l’autre pourrait vous rejeter ou vous ignorer, ou estimer que vous n’êtes pas si important, et cela ne fera pas bonne impression. Mais lorsqu’une personne est un ich, un homme, et c’est là l’accent que met le mot ici, elle ne craint rien de tout cela. Pourquoi ? Parce qu’elle a une estime de soi si forte. Lorsque l’estime de soi d’une personne est construite, lorsqu’elle a confiance en elle, elle ne craint pas ce que l’autre dira ou ressentira, ni ce que les gens diront. Elle ne se sent pas vulnérable, et elle n’a pas peur de faire le premier pas vers l’autre : le saluer, se prosterner devant lui, l’embrasser, même si Yitro ne témoignait pas ces sentiments en retour à Moché Rabbénou ; le passouk dit que c’est Moché qui l’a fait. Moché Rabbénou avait une telle assurance dans ce qu’il faisait, il se sentait si bien avec lui-même, que s’avancer avec ces expressions d’amour et de respect envers Yitro ne le retenait absolument pas.

Celui qui fait le premier pas

C’est une chose dont nous devons prendre conscience. Chaque fois que nous avons affaire à des gens, on voit clairement qui est celui qui fait le pas vers l’autre : c’est le plus assuré des deux. C’est contraire à la croyance répandue selon laquelle il ne faut pas saluer l’autre en premier, ou qu’il ne faut pas le regarder dans les yeux, parce que le contact visuel vous rend vulnérable. Ce n’est pas vrai. Regarder l’autre dans les yeux montre que vous avez confiance en vous, et cela ne vous place en aucune manière en position inférieure, ni dans une situation où l’autre peut vous faire sentir que vous ne valez rien. C’est ce que nous voyons dans notre paracha, et c’est pourquoi la Torah l’appelle ich : véha’ich Moché. Moché Rabbénou était un homme, parce qu’il avait de l’assurance ; il était dans une position plus élevée que Yitro, et il a été capable de s’abaisser, de se prosterner et de témoigner ce surcroît de respect à Yitro. Chabbat chalom.

D’après le cours du Rav Shay Tahan « Yitro. Body Language Series. Words Which Contradict Feelings. & Expression Of Confidence. » (Paracha Yitro) : regarder le cours.

Original en anglais