Rav Shay Tahan
La visite du mont du Temple fait l’objet d’une controverse depuis de nombreuses années, qui englobe des dimensions halakhiques, hachkafiques et politiques, ainsi que des préoccupations de sécurité. Cependant, peu de gens comprennent les opinions des deux côtés. Les Rabbanim orthodoxes interdisent presque unanimement d’y entrer, tandis que quelques Rabbanim du courant Mizra’hi permettent, et même encouragent, la visite du site.
Bien que la halakha interdise toute forme de visite du mont du Temple, nous tenterons dans cet article, béezrat Hachem, d’examiner plus en profondeur pourquoi nos rabbanim ont restreint l’entrée, ainsi que les raisons de ceux qui la permettent.
Quelle est la halakha ?
Tout d’abord, expliquons les bases des halakhot concernées.
La Torah (במדבר ה) dit qu’une personne impure (טמא) ne peut pas entrer dans l’emplacement du Mikdach. Le Rambam et le Raavad (יד-טז הלכות בית הבחירה פ״ו) sont en désaccord sur la question de savoir si l’emplacement conserve sa sainteté même après la destruction du Beth Hamikdach, et donc sur la question de savoir si l’interdiction d’entrer dans ce lieu s’applique aujourd’hui aussi. Les posskim ont écrit que la halakha suit le Rambam, qui considère que le lieu est toujours saint et qu’on ne peut pas y entrer si l’on est impur.
La Michna (כלים 1:6-9) explique qu’il existe dix degrés de sainteté à Yerouchalayim, et la Guemara (פסחים סז, א) dit qu’il existe trois enceintes de la présence divine, de différents niveaux de kédoucha, qui restreignent l’entrée des personnes impures selon leurs impuretés.
Ces enceintes sont מחנה ישראל, מחנה לויה et מחנה שכינה.
מחנה ישראל est l’enceinte des Israélites, à l’intérieur des murailles de Yerouchalayim. Les lépreux ne peuvent pas y entrer, mais toutes les autres impuretés y sont permises.
מחנה לויה est l’enceinte des Lévites, à l’intérieur des murailles du mont du Temple. Elle est plus sainte que les autres parties de Jérusalem. Une personne devenue impure en raison de certains écoulements corporels ne peut pas y entrer avant de s’être purifiée au mikvé. En revanche, une personne ayant contracté l’impureté rituelle d’un mort peut y entrer.
Enfin, il y a מחנה שכינה, située à l’intérieur de la עזרה — le Beth Hamikdach lui-même, ou l’endroit où se trouvait l’Azara à l’époque (y compris le ‘Hel et l’Ezrat Nachim). Une personne qui est טמא מת, comme celle qui a contracté l’impureté rituelle d’un mort, s’est trouvée dans un bâtiment avec un mort ou a visité un cimetière, a l’interdiction d’entrer dans ce lieu. Puisque nous sommes tous allés dans un hôpital, où se trouvent généralement des morts, nous sommes tous טמא מת.
La punition pour celui qui entre à l’emplacement de l’Azara avec une telle impureté est le כרת, c’est-à-dire que son âme est retranchée.
- D’après ce qui précède, avons-nous le droit d’entrer sur le mont du Temple ?
Formellement, la réponse devrait être oui (après nous être trempés dans un mikvé pour pouvoir entrer dans l’enceinte des Lévites), car notre impureté ne nous interdit que l’emplacement de l’Azara dans le Beth Hamikdach, qui est un lieu beaucoup plus intérieur. Cependant, les posskim l’ont interdit pour plusieurs raisons.
La première préoccupation est que nous ne connaissons pas l’emplacement exact de l’Azara ; ainsi, tout endroit où l’on entre pourrait éventuellement être l’emplacement de l’Azara.
Pourquoi donc certains permettent-ils d’y entrer ?
Ceux qui le permettent disent que nous nous appuyons sur le Radbaz (שו"ת הרדב"ז חלק ב סימן תרצא), qui a écrit que nous connaissons l’emplacement exact du Mikdach et qu’il se trouve sous le rocher. Ils comprennent que le Radbaz veut dire que ce rocher est ce que nous appelons aujourd’hui le « Dôme du Rocher », et puisque les Michnayot du traité Middot donnent les mesures de la zone interdite autour de l’Azara, nous pouvons facilement savoir où l’on peut entrer et où l’on ne peut pas entrer.
Une deuxième raison de restreindre l’entrée est la crainte que l’on entre dans la zone appelée le ‘Hel et l’Ezrat Nachim, ce qui est interdit d’ordre rabbinique (bien que la Torah permette d’entrer dans ce lieu après s’être trempé au mikvé). Là encore, ceux qui le permettent disent que nous pouvons mesurer et savoir où se trouve également cet emplacement.
Enfin, les posskim ont estimé que même si nous savions où se trouve l’Azara, on ne devrait pas y entrer car, avec le temps, certains pourraient se sentir plus libres d’aller au-delà de la limite permise. Ceux qui le permettent ne s’en inquiètent pas, car ils disent que la zone de passage est éloignée de l’Azara et que, de toute façon, la police israélienne ne permet à personne d’aller au-delà d’un certain point.
- Puisque le Radbaz nous a indiqué où se trouve l’Azara, et puisque nous pouvons mesurer le lieu comme le dit la Michna, pourquoi restreignons-nous l’entrée ?
Les posskim font remarquer que, bien que le Radbaz ait mentionné que l’Azara se trouve sous le « rocher connu », nous ne pouvons pas être certains de l’endroit où se trouve ce rocher connu, ni s’il s’agit bien du Dôme du Rocher. De plus, il existe aussi des responsa contradictoires du Radbaz, qui rendent la question encore plus incertaine.c. Y a-t-il d’autres préoccupations pour celui qui entre sur le site ?
Celui qui y entre doit se conduire avec crainte et révérence envers le lieu saint où réside la Chékhina divine, comme le dit la Torah (ויקרא יט, ל) : « Mon sanctuaire, vous le révérerez. » Les mesures de respect que l’on doit prendre comprennent : ne pas y entrer avec des chaussures (certains disent seulement des chaussures en cuir), ne rien porter du tout, comme un bâton, un sac, une montre, un portefeuille, ou même ses tsitsit. On doit se raser complètement la tête avant d’entrer et marcher en exprimant le sérieux et la crainte (רמב״ם בית הבחירה פ״ז וראה אור לציון ח״ג עמוד רעח). L’Aroukh Hachoul’han (העתיד סי’ יד מהלכו’ ביהמ״ק) dit qu’il est interdit de prononcer sur le mont du Temple des paroles qui ne sont pas nécessaires (הנה הדבר פשוט שאין לדבר דברי רשות בהר הבית).
Préoccupations hachkafiques
Celui qui visite le mont du Temple ne risque pas seulement la grave transgression passible de la punition de karet, mais il exprime aussi ouvertement et publiquement un manque de respect envers les rabbanim qui ont mis en garde contre cela. Il dépasse le cadre de cet article d’expliquer la gravité du manque de respect envers les rabbanim.
La controverse politique
La controverse politique dans cette question est également un facteur important, car ceux qui visitent le site le font pour montrer et exprimer que le mont du Temple appartient à Am Israël et que nous en sommes les propriétaires légitimes. Si les gens ne le visitent pas, ils renoncent de fait à leurs droits sur ce lieu, permettant aux Arabes d’en revendiquer la propriété. Nous voyons aujourd’hui les résultats d’une telle idéologie, lorsque les Arabes du monde entier crient et hurlent dès que quelqu’un ose visiter le lieu saint. Les rabbanim qui ont interdit la visite disent que, puisque l’entrée est interdite, aucune raison ne peut justifier la transgression de cette grave interdiction.
La question du danger
Enfin, il y a le facteur de risque, dû aux Arabes violents présents sur le site, et le risque plus grand que le monde condamne l’État d’Israël. Ceux qui mettent en garde contre la visite disent qu’il ne faut pas provoquer les nations, tandis que ceux qui encouragent la visite disent qu’il est mal de l’éviter délibérément, car cela exprime de la peur, ce qui invite généralement la violence et les attaques des Arabes.
Puissions-nous tous mériter de voir le troisième Beth Hamikdach rapidement reconstruit et d’aller y prier avec notre peuple tout entier.
